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Festival Mural

Visite de studio – Earth Crusher

27 mars 2018

Il y a quelques semaines, on est parti à la rencontre d’Earth Crusher, afin de découvrir son univers de création, ses inspirations, et pour en apprendre plus sur l’origine de ce robot tyrannique à l’esthétique rétro détruisant le monde moderne.

L’artiste derrière ce personnage maléfique s’applique à illustrer tous les maux de notre société capitaliste : l’exploitation massive de nos ressources, la déforestation, l’esclavagisme moderne, le misogynisme et l’égocentrisme des leaders politiques ou économiques. S’inspirant régulièrement d’hommes appartenant à la classe des 1% et dirigeant le monde, il a créé un humanoïde dystopique possédant un moniteur de télévision à la place de la tête, rappelant ainsi Big Brother et la surveillance permanente du roman 1984 de George Orwell.

Marc-Andre, Dre ou Earth Crusher, selon l’occasion et l’oeuvre, l’artiste aux diverses facettes multiplie les médiums pour exprimer sa vision du monde. Façade de buildings, panneaux publicitaires, canevas, figurines, masques et costumes, Earth Crusher se duplique sur de nombreux supports pour continuer sa propagande de quête de profit sans limites, ni valeurs.

Pourrais-tu nous expliquer comment as-tu commencé à peindre?

J’ai toujours été une personne assez créative, même étant enfant, et mes parents m’ont beaucoup soutenu là-dedans. Durant mon adolescence, j’ai sauté à pieds joints dans le monde du graffiti, traînant et peignant avec des amis toutes sortes de murs, toits et autoroutes. Plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer et de travailler avec des artistes inspirants que j’admirais lorsque j’étais plus jeune, comme Zek et Scan. Maintenant, travailler à A’shop me donne l’opportunité de créer avec d’autres artistes incroyables, comme Fluke et Dodo Ose. Petite anecdote : j’ai aussi joué de la batterie à l’époque avec le groupe Side C et j’ai fait quelques gigs où Monk-e se tenait fréquemment.

Reconnu pour ton personnage de Earth Crusher, représentant les dirigeants politiques et économiques sans scrupules de notre époque, comment en es-tu venu à ce nom et à ces caractéristiques typiques, comme sa tête en forme de télévision et son complet impeccable?

À l’adolescence, quand je commençais à m’intéresser au monde du graffiti, j’ai créé ce prophète ressemblant à une machine pour me moquer un peu du système. C’est la chanson “Earthcrusher” de Mr Lif, à propos de la bombe nucléaire, qui a inspiré le nom de mon personnage. Je trouvais que ça le décrivait bien, lui qui représente ces personnes qui conçoivent des bombes et détériorent notre planète. Ce personnage a toujours représenté une machine de destruction. Avec le temps, alors que j’en apprenais de plus en plus sur le système, mon personnage a aussi évolué.

Tes oeuvres ont un look rétro, reprenant des éléments de publicités des années 50, peux-tu nous en dire plus sur l’univers qui entoure ton personnage?

C’est une époque très inspirante pour moi, juste après la guerre et l’invention de la bombe nucléaire. À cette époque précédant l’arrivée de la photographie, il y avait une imagerie omniprésente de ce à quoi la vie parfaite devrait ressembler. Cette époque venait aussi avec un contexte politique assez particulier. Alors, j’ai commencé à m’informer davantage sur le monde contre lequel je me révoltais et j’essaie maintenant de mieux le comprendre pour mieux le représenter dans mes oeuvres.

Tes oeuvres explorent des problématiques sociales et économiques comme le capitalisme, l’esclavagisme moderne, la déforestation et la production de masse. Te considères-tu comme un activiste?

Le mot activiste est un peu fort, je trouve. Je ne manifeste pas dans les rues, mais exposer mon art publiquement est une façon de protester j’imagine. Mon rôle d’activiste est donc assez décontracté. Créer de l’art public me donne l’opportunité de joindre des gens et d’influencer leur opinion sur certains sujets, en un sens. Il y a des millions de personnes qui vont voir mes œuvres et, comme on dit, un image vaut mille mots. Alors, quand j’ai l’opportunité de faire de l’art public, je prends bien mon temps pour penser à ce que je veux véhiculer et ne pas gaspiller cette opportunité. Quelquefois, c’est difficile de travailler sur de gros projets publics : on a affaire à beaucoup de gens et on doit s’assurer que tout le monde est satisfait par le résultat final. Par contre, il a toujours moyen de contourner les demandes du propriétaire du bâtiment et de cacher certains messages de manière esthétique qui ne dérangera pas personne.

Tu as fait une murale lors de l’édition 2015 du Festival mural, peux-tu nous parler des problématiques sociales que tu explorais dans cette oeuvre?

J’ai nommé cette oeuvre “Earth Crusher, destroyer of worlds”. Ça fait référence à une conférence de presse que J. Robert Oppenheimer, le scientifique qui a inventé la première bombe nucléaire, a fait, dans laquelle il citait un texte sacré hindu : “Maintenant, je suis devenu la Mort, le Destructeur des mondes.” Tout cet événement m’a inspiré à produire une version dystopique de la déesse Vishnu, avec ses 4 bras, dans lesquelles mon personnage tyrannique tiendrait un gros cigar, un téléphone cellulaire et une carte de crédit, tout en coupant un arbre avec des ciseaux.

J’ai d’ailleurs une petite anecdote par rapport à cette dernière main qui coupe l’arbre : je voulais utiliser l’arbre qui était déjà là dans ma murale et la boutique derrière le mur vendait du bois, alors ca a ajouté un petit côté ironique au tout de dire “Vente de bois ici!” .

Des murales aux figurines, en passant par des canevas traditionnels et même des costumes, ton personnage semble prendre plusieurs formes, peux-tu nous expliquer ton processus créatif? Est-ce qu’il y a un médium que tu préfères utiliser pour donner vie à ton personnage?

J’aime le processus de créer des panneaux d’affichage miniatures, tu dois alors souder et couper du métal, fusionner différentes disciplines pour une oeuvre.

Concernant les figurines, normalement, j’en achète une déjà conçue et j’enlève la tête pour la remplacer par celle que j’aurai sculptée moi-même. J’aime essayer de nouvelles choses, continuer à apprendre et développer mes talents.

J’aime aussi tout le processus de création qui vient avec la production d’illustrations. Je fouille ici et là et j’essaie de repérer les pires personnes puissantes dans le monde, celles qui incarnent Earth Crusher dans la vraie vie. Beaucoup de choses pourraient s’améliorer en une fraction de secondes si un tout petit groupe de personnes s’y mettait, mais ils ne le font pas… Comprendre la nature humaine et la réflection qui vient derrière la prise de décisions affectant des millions de personnes, je trouve ça vraiment fascinant.

Tu travailles souvent en collaboration avec Five8 et les artistes d’A’shop. Comment est-ce que le processus créatif fonctionne dans ce genre de situation?

C’est toujours une expérience enrichissante de travailler sur des projets collaboratifs. Même si ce n’est que pour une murale personnelle, c’est toujours plus agréable d’avoir un ami pour te tenir compagnie! À A’shop, on brainstorm beaucoup en groupe. Une personne imaginera l’oeuvre, et puis, on va s’entraider tous pour lui donner vie.

Avec Five8, on est un peu comme des frères, ça fait presque 10 ans maintenant qu’on peint ensemble. Ça fait un bout! On collabore souvent avec les mêmes personnes aussi. On a d’ailleurs fait un projet avec OMEN à Toronto récemment et il a travaillé sur plusieurs projets avec nous à A’shop. On fait aussi souvent de l’exploration ensemble pour peindre dans des bâtiments abandonnés.

On peut trouver tes oeuvres dans les rues sous 2 alias différents : Dre & Earth Crusher. Pourquoi as-tu décidé de séparer tes graffitis de tes autres oeuvres?

Dre, c’est le nom que je signais dans le temps où j’étais très actif sur la scène du graffiti. Pour moi, c’était un peu comme un sport: trouver les spots et écrire mon nom bien beau et bien grand. Mais, c’est un sport assez difficile et très risqué, c’est amusant en surface, mais il n’y a pas beaucoup d’incitatifs.

Earth Crusher est un projet que j’ai commencé de mon côté, qui a son propre personnage et son propre univers. Je trouve ça donc important de bien séparer les deux.

Quand je fais des murales collaboratives ou des projets avec quelqu’un d’A’shop, je dois mettre mon chapeau de peintre et je signe Dre. Après, je mets mon costume d’Earth Crusher et je pars explorer de nouvelles manières de détruire le monde.

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